La parentalité n’a jamais été aussi scrutée, analysée, débattue. Entre Montessori, parentalité positive et minimalisme éducatif, une nouvelle tendance a émergé sur TikTok : Ghettossori. Un terme qui claque, qui fait sourire ou grincer des dents, mais qui reflète une réalité bien ancrée. Et pour les marques ? C'est une vague qu'il ne faut ni ignorer, ni caricaturer.
Ghettossori : C’est quoi exactement ?
Le terme Ghettossori a été popularisé par l’influenceuse Jessica French Riviera, qui a partagé sur ses réseaux sociaux une vision sans filtre et humoristique de la parentalité.
Open bonbon, pop corn, soirée pyjamas et kick boxing au programme, pour que son fils apprenne à se défendre. Ghettossori n’est pas une version "low-cost" du Montessori, mais plutôt un retour à une parentalité plus intuitive, avec moins d'injonctions, plus "à l’arrache", à la mode des années 90.
Le Ghettossori n’est pas une opposition frontale à Montessori, mais plutôt une réponse à la pression ressentie par certains parents face aux multiples injonctions éducatives modernes.
Ce n’est pas un rejet des pédagogies bienveillantes comme Montessori, qui ont largement prouvé leurs bienfaits, mais plutôt une manière de rappeler qu’il existe différentes manières d’élever ses enfants, sans culpabilisation.
Un mouvement qui traduit un ras-le-bol parental
Certains spécialistes ont également souligné que cette tendance met en lumière un fossé entre différentes catégories de parents. D’un côté, les familles qui ont les moyens et le temps d’appliquer les méthodes Montessori avec du matériel coûteux et parfois de l’aide extérieure, et de l’autre, des parents issus de milieux plus modestes ou de minorités, confrontés à une pression constante et à une charge mentale élevée, qui ne leur permettent pas toujours de faire "mieux". Ce contraste illustre aussi des inégalités sociales dans l’accès aux modèles éducatifs.
Si à la base, le Ghettossori se voulait une manière humoristique et bienveillante de parler du quotidien des parents, il est aussi devenu un cri du cœur face aux injonctions contradictoires de la parentalité moderne.
Car soyons honnêtes, être parent aujourd’hui, c’est parfois recevoir dix consignes opposées en une seule journée :
- "Allaite ton enfant, mais pas trop longtemps."
- "Éduque ton enfant avec bienveillance, mais surtout ne sois pas laxiste."
"Laisse-le explorer librement, mais sécurise absolument tout."
"Évite les écrans, mais utilise les apps éducatives."
"Sois un parent présent, mais épanouis-toi aussi professionnellement."
Le Ghettossori se positionne donc comme une volonté de relâcher un peu la pression, d’accepter que les parents puissent faire au mieux, sans toujours suivre à la lettre les recommandations des experts.
Toutefois, certains ont détourné ce message en y intégrant des pratiques de violence éducative ordinaire, ce qui est absolument intolérable. Le but du Ghettossori n’est en aucun cas de légitimer la brutalité ou le mépris des besoins de l’enfant, mais simplement de rappeler que la bienveillance éducative peut aussi être appliquée de manière simple et décomplexée.
- C’est un peu le même constat que celui porté par Parents Épuisés ou Marine Léonardi, #vousnetespasseuls qui parlent des difficultés du quotidien parental avec beaucoup d’humour et de sincérité.
- Plutôt que de culpabiliser les parents, cette tendance met en lumière un besoin essentiel : celui de soutien, d’échange et de solidarité. Dans un monde où la parentalité est devenue un véritable champ de bataille entre "bonnes pratiques" et réalités du quotidien, il est essentiel de libérer la parole et d’encourager l’entraide, sans pour autant tomber dans un rejet total des pédagogies qui ont fait leurs preuves.
Comment les marques peuvent-elles s’y positionner intelligemment ?
Les marques qui souhaitent s’adresser aux parents adeptes du Ghettossori doivent éviter deux écueils majeurs :
La condescendance : Jouer la carte du "Vous êtes dépassés, alors voici nos solutions miracles" est une stratégie vouée à l’échec. Les parents Ghettossori ne veulent pas qu’on leur explique comment éduquer leurs enfants, mais qu’on leur propose des solutions adaptées à leur réalité.
Le marketing culpabilisant : Évitez les discours qui sous-entendent qu’un bon parent doit absolument suivre un modèle précis. Le Ghettossori prône la liberté et le lâcher-prise, mais cela ne signifie pas renier les bienfaits des pédagogies alternatives.
Ne pas chercher à catégoriser les parents : Plutôt que de poser la question "Et vous, êtes-vous plutôt Montessori ou Ghettossori ?", privilégiez une approche inclusive qui valorise la diversité des parcours parentaux. Catégoriser votre audience renforce les divisions. Plutôt que de stigmatiser, réunissez !
Quels leviers à activer pour une marque ?
L’authenticité : Miser sur des campagnes qui reflètent le quotidien réel des familles, sans sur-idéalisation.
L’ingéniosité plutôt que l’exclusivité : Proposer des produits accessibles, pratiques et qui facilitent la vie.
Le ton juste : Une communication qui valorise l’humour et la spontanéité des parents, sans ridiculiser ceux qui adoptent une approche plus structurée.
L’ancrage communautaire : Encourager l’échange d’astuces et le partage d’expériences entre parents, quels que soient leurs choix éducatifs.
Favoriser l’entraide : Mettre en place des espaces de dialogue et de conseils entre parents, au-delà de la simple vente de produits.
Une tendance qui traduit un besoin profond
Le Ghettossori n’est pas une mode passagère, c’est un mouvement qui reflète des préoccupations profondes : revenir à une parentalité plus instinctive et décomplexée, loin des injonctions anxiogènes et des méthodes éducatives ultra-formatées.
Mais cela ne signifie pas qu’il faut opposer les pédagogies bienveillantes à une approche plus spontanée. L’éducation positive a permis à beaucoup de familles de trouver un équilibre plus respectueux et épanouissant, et c’est une avancée précieuse.
Le Ghettossori est peut-être simplement un rappel que tous les parents font de leur mieux, et qu’il est essentiel de promouvoir l’ouverture de la parole, le soutien et la solidarité, (sans pour autant légitimer des pratiques éducatives nocives).